La coalition Wakit Tamma, section politique a animé un point de presse ce 29 octobre 2023 à la bourse de travail. Elle réclame une enquête internationale sur la tuerie des manifestants du 20 octobre 2022, le retrait de la médiation de la CEEAC et le départ des troupes française du sol tchadien dans un bref délai.
Moustapha Adam Abdallah, chargé des affaires juridiques et porte-parole de wakit Tamma, section politique relève que le 20 octobre de l'an dernier, la junte militaire en place a perpétré une répression sanglante. « Lors de cette journée macabre, le Tchad a perdu plus de 300 de ses fils épris de la démocratie et de la justice, nos camarades de lutte. Leur seul tort c'est d'avoir exercé leur droit constitutionnel à travers une manifestation à main nue pour dire non à une succession dynastique », dit-il. M. Moustapha affirme qu'un an après ces massacres d'une grande ampleur, aucune justice n'a leur était rendue encore moins une enquête indépendante et impartiale n'a été menée. « C’est pourquoi nous exigeons la mise en place d'une commission d'enquête internationale afin d'aboutir à une poursuite judiciaire à l'égard des auteurs, coauteurs et complices de ces actes barbares et indignes », a-t-il déclaré.
Il s'est aussi apesanti sur la mission de la CEEAC dans cette affaire. « Un an après la désignation de Félix Antoine. T comme facilitateur, point n'est besoin de rappeler que cette médiation a été un pire échec, pour preuve le climat politique est toujours délétère. La junte opère des arrestations extrajudiciaires, les journalistes de la presse privée sont muselés, les opposants sont forcés à l'exil. Bref la démocratie s'est éteint », a-t-il laissé entendre. Pour le chargé des affaires juridiques et porte-parole de wakit Tamma, section politique, derrière ses agissements peu orthodoxes, se cache un ultime objectif, dit-il, « c’est la succession dynastique », a-t-il précisé. Il invite l'union africaine à prendre ses responsabilités. « Nous demandons à l'Union Africaine de constater l'échec de cette facilitation menée par la CEEAC dans le cadre du prince de subsidiarité afin de reprendre l'affaire en main et faire respecter sa charte relative à la démocratie et des droits de l’homme », a communiqué M. Moustapha.
Enfin, wakit Tamma, section politique s’est aussi penchée sur la coopération bilatérale entre le Tchad et l'ancienne puissance coloniale, la France. Il indique que la position de Wakit Tama section politique est sans ambiguïté. « Nous avons toujours exigé le départ immédiat et sans condition de troupes françaises de notre sol. Notre exigence est aussi pour la fin de cette domination monétaire. Que toutes les dominations impérialistes prennent fin et que la France nous foute la paix », conclut-il.
Abderamane Moussa Amadaye
La plateforme revendicative des droits et des intérêts des personnes handicapées a fait une déclaration sur la discrimination des agents de la douane sur la traversée du pont de NGueli ce dimanche 29 octobre 2023 ay quartier NGueli dans le 9eme arrondissement.
Ali Ossigoubedé Justin, Coordonnateur National de la plateforme, dit que les handicapés ont lutté pendant 10 mois pour que le gouvernement lève la mesure, chose faite mais la discrimination s'est installée. Il soutient que ceux qui détiennent les motos des généraux ont le passage et ceux qui sont en tricycle sont systématiquement refoulés.
Il affirme que la situation de cette couche vulnérable est devenue un calvaire, notamment pour les handicapés femmes qui sont également responsables des ménages avec des enfants à leur charge.
« Mais nous disons trop c'est trop, les personnes handicapées sont au bout de leur limite. Nous interpellons le gouvernement sur notre situation, autrement, nous investiront la rue pour manifester notre colère », lance Ali Ossigoubedé Justin, Coordonnateur National de la plateforme.
Il ajoute « si l’Etat ne veut pas s’occuper de ses handicapés, qu’il les jette dans le fleuve ou qu’il nous enterre vivant. Tout ce que ce gouvernement sait faire, c’est des beaux discours copiés sur d’autres pays ».
Pour finir, les handicapés demandent au gouvernement pas seulement le passage pour Kousseri mais également une prise en charge totale de la personne handicapée.
Ousmane Bello Daoudou
Lord d’un point de presse animé ce samedi 28 octobre, le groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) et la plateforme Républicaine ont lancé un appel à la jeunesse tchadienne pour boycotter le référendum du 17 décembre prochain.
Les membres de l’Union des écologistes tchadiens (UET, les verts), affirment que le référendum constitutionnel de décembre prochain se fera dans la fraude et de la manipulation à grande échelle pour priver les Tchadiens de faire un choix responsable sur leur avenir. « Ce n'est un secret pour personne que les fondements mêmes de la démocratie sont sapés. Et la voix du peuple est menacée d'être réduite au silence par la machine de la fraude lors du prochain référendum », dit-il. M. Badano Daigou, président de l’UET soutient, « il est essentiel que les jeunes prennent toutes les mesures nécessaires pour faire entendre leur voix ».
Pour M. Daigou, la jeunesse a des outils et de l'énergie pour barrer la route à cette mascarade référendaire dont l'objectif ultime est de perpétuer une dynastie au pays. « Ce pays vous appartient et demain se construit à partir du présent. Pour cela, il vous faut plusieurs axes d'action, celui de sensibilisation en devenant la voix du changement, la conscientisation, la participation à toute activité d'empêchement de la tenue du référendum, la mobilisation de la masse, promouvoir l'éducation citoyenne et documenter les violences des agents de forces de sécurité ».
L’UET et le GCAP estiment que le moment pour empêcher une élection référendaire n'est pas seulement un choix mais aussi une lutte contre l’injustice.
Abderamane Moussa Amadaye
La Coordination nationale des jeunes pour la paix et le développement au Tchad (CONAPDT) a animé un pont de presse ce 26 octobre à son siège au quartier Moursal. Elle affirme que la seconde phase de la transition est lamentablement négative.
Mahamat Oumar Ibrahim, coordonnateur national du CONAPDT estime que rien ne va au Tchad. « Du social en passant par la politique, l'éducation, la sécurité, les indicateurs sont aux rouges », dit-il. Selon la CONAPDT, sur le plan social, le panier de la ménagère désemplit au jour le jour. Les prix des denrées alimentaires ne font qu’augmenter sans qu'aucune mesure adéquate ne soit prise pour atténuer la souffrance des populations tchadiennes « les citoyens tirent le diable par la queue », dit-il.
M. Mahamat Oumar rajoute que malgré les dénonciations, le gouvernement, à sa tête, le Premier ministre Saleh Kebzabo, multiplie des rencontres futiles pour amuser la galerie et endormir le peuple qui attend impatiemment des mesures fortes pour baisser la cherté de vie, a-t-il assuré. Il relève qu'aujourd'hui, les ménages tchadiens, où qu'ils se trouvent sur le territoire national sont confrontés à la cherté de vie, alors que rien ne justifierait cette situation. Il a aussi fait le bilan sécuritaire. Selon le coordonnateur du CONAPDT, plusieurs menaces d'ordres sécuritaires planent sur le Tchad. « Des bandits de grands chemins sont quasi-permanentes en milieu rural qu’urbain. Partout, on tue les Tchadiens pour arracher leurs biens, ou par pure méchanceté. Dans nos campagnes, le conflit entre les producteurs ruraux bat son plein. Tout ceci parfois sous le regard complice des forces de l'ordre », a-t-il laissé entendre. Toujours sur la sécurité, il dénonce la répression et les élévations anarchiques des officiers. Politiquement, M. Mahamat Oumar a dressé un bilan négatif.
« Les résolutions du dialogue n'ont été à la hauteur des enjeux, le processus du Conorec et la révision du fichier électoral pour le prochain référendum est biaisé », dit-il. Il a aussi dénoncé le mandat d'arrêt international contre Succès Masra, le président du parti Les Transformateurs, « c’est une manœuvre dilatoire orchestrée par le gouvernement de Saleh Kezbabo qui vise à provoquer la colère des Tchadiens ».
Pour finir, il impute au président de transition et au Premier ministre la responsabilité de cet échec. Il appelle la transition à prendre des mesures.
Abderamane Moussa Amadaye
Lors de son Assemblée Générale Extraordinaire (AGE) tenue ce 26 octobre, le bureau exécutif de la section syndicale du ministère des Affaires étrangères, des Tchadiens de l'étranger et de la coopération internationale, via la centrale syndicale des agents de l'administration générale du Tchad (CSAAGET) a annoncé un préavis de grève de 72h.
Ils étaient nombreux à prendre part à cette assemblée dont l'objectif est d’évaluer les avancées pour la signature du statut particulier du corps de la diplomatie du Tchad. Après présentation et examen du compte rendu, l'AG a décidé que le corps de la diplomatie tchadienne est l'un de tout premiers à disposer de son statut particulier en son temps mais aujourd'hui, l'un des derniers pays au monde qui ne dispose pas d'un texte pour régir sa diplomatie.
Selon l'assemblée, le Pacte Social triennale préconise avec précision que les droits acquis ne doivent pas être supprimés et la carrière des agents du ministère en charge des affaires étrangères est aujourd'hui complétement bloquée par les textes actuels qui régissent l'administration de tel point qu'aucun cadre n’évoluer en grade jusqu'à sa retraite. Le ministère Secrétariat général du gouvernement et le ministère de la fonction publique n'ont pas donné des raisons à la section syndicale.
L'assemblée estime que tous ces agissements visent à bloquer l'aboutissement de ce projet à la carrière des diplomates, un préavis de grève de 72h est lancé à partir du lundi 30 octobre. « A l’expiration de ce préavis, une grève sèche sera automatiquement entamée ».
Noël Adoum
A l'issue d'une assemblée générale (AG) statutaire tenue sous haute sécurité ce jour 25 octobre que le comité de normalisation de la fédération tchadienne des nouveaux textes sont adaptés par acclamation malgré quelques contestations.
23 délégués de ligues de provinces, des représentants de la Fédération Internationale de Football Amateur (FIFA) et de la Confédération Africaine de Football (CAF) ont clos les travaux à 20h. Après plus de 9h d'échanges tendus, houleux, un consensus s’est dégagé de 6 projets de textes proposés par le comité de normalisation et la commission chargée de la révision ont été adoptés par acclamation malgré quelques contestations.
Me. Jacqueline Moudeïna, présidente du comité de normalisation du football affirme que l'adoption ces textes permet de franchir un cap. « Il y a ceux qui se sont donné le droit, le loisir de semer le doute dans la tête des Tchadiens en nous dénigrant, en baptisant CONOR, CONARD, tout cela on l’a encaissé », dit-elle. Elle dit se réjouir par l’adoption de ces textes qui s’est déroulée d'une façon très correctes, lucides et sincères. Mme Moudeina a aussi dit que la date des élections à la tête de la fédération tchadienne de football est pour bientôt, « la dernière étape sera les élections et nous procéderons aux élections en vous lisant le calendrier qui nous a été envoyé par la fédération internationale de football association (FIFA)... sera mise en exécution pour permettre une élection seine », a-t-elle relevé.
A la fin de cette AGS, quelques dirigeants du football se sont prononcés à notre micro.
Souleymane Daoud, président de la ligue de football du Ouaddaï dénonce la concentration des toutes les activités dans la capitale alors que les potentialités du football tchadien sont en provinces. Toutefois, il se dit satisfait des travaux qui ont abouti à l'adoption des nouveaux textes pour permettre l'organisation dans un proche avenir des élections pour la désignation d'un nouvel exécutif. « Nous allons voter un sportif soucieux du devenir du football tchadien à la tête de la fédération pour redonner le blason à notre sport qui nous est cher », a-t-il laissé entendre.
Pour Rahman Zakaria Rahma, nouveau vice-président de la ligue de N'Djamena, les débats ont été francs, cela a amélioré les textes présentés par le CONOR. « Dans une rencontre qui regroupe plus de 100 personnes, il doit y avoir des mécontents mais dans l'ensemble c'est une très bonne assemblée. Nous sommes satisfaits »,
Abderamane Moussa Amadaye
Lors d’une conférence de presse organisée ce mardi 24 octobre dans les locaux de l'Office National des Médias Audiovisuels (ONAMA), la vice-Présidente du bureau exécutif des jeunes avec MIDI, Fatimé Abdoulaye Adam a annoncé la date du symposium national et présenté les activités du mouvement. Reportage
C’est dans l'après-midi que la vice-Présidente Fatimé Abdoulaye Adam accompagnée de quelques membres du mouvement a échangé avec la presse. Les Jeunes avec MIDI, est un mouvement de la jeunesse qui a pour mission de fédérer la jeunesse tchadienne derrière le président de transition Mahamat Idriss Deby Itno en vue de le soutenir dans ses efforts de refondation d'un Tchad uni, réconcilié et fraternel, gage du développement socio-économique, a déclaré la vice-présidente.
Elle poursuit, c'est dans le cadre de cette mission qu'il a décidé de l'organisation d'un Symposium National du 21 au 22 novembre 2023 à N'Djaména. Ce grand événement réunira plus de 1000 jeunes leaders de la capitale et des provinces sur le thème, « jeunesse unie et engagée pour la refondation du Tchad ». A l'issue de cette assise, les jeunes connaitront les défis qu'ils doivent relever.
Mme Fatimé relève que dans les jours à venir, leur mouvement lancera une campagne de vulgarisation du projet de la nouvelle Constitution de la République du Tchad. L’idée c’est d’inciter les citoyens pour le référendum dans les semaines à venir et les débats. Des conférences pour l'éveil citoyen et l'engagement positif de la jeunesse pour le Tchad sont également prévues.
Abdoulaye Karmal ancien manifestant de 20 octobre 2022, estime que c'est une indélicatesse des leaders des partis politiques et de la société civile car « on aurait pu éviter cela. C’est cette soif de pouvoir qui est la cause ». Il appelle le président de transition et la justice pour que le président du parti les transformateurs Succès Masra rentre au pays dans le cadre de la réconciliation nationale.
Noël Adoum
En refusant à l’armée française le transit par le Bénin de sa retraite forcée du Niger, refus qui ne lui laisse que le Tchad comme seule issue de sortie du bourbier sahélien, les militaires au pouvoir à Niamey ont offert au président de la transition tchadienne, Mahamat Idriss Deby, le fils héritier, une nouvelle occurrence de se remettre en selle, comme naguère, l’invasion du Nord du Mali par les djihadistes en 2012 a offert à son père Idriss Idriss Deby Itno, père, l’occasion d’une réhabilitation par la France de François Hollande qui le jugeait jusqu’alors infréquentable.
Ceci explique selon les termes mêmes du communiqué de la présidence du Tchad du 18 octobre 2023, le motif de la dernière audience élyséenne de l’héritier. Il va de soi que celui-ci est venu à Paris négocier les dividendes du droit de passage consenti à Barkhane sur le territoire national. Il s’agirait notamment d’obtenir de la France, une mobilisation de la communauté des bailleurs de fonds pour financer les opérations électorales projetées, alors même que ces derniers sont convaincus depuis longtemps par l’insincérité et la non-inclusivité du processus préparatoire en cours. Mais il s’agirait aussi d’obtenir une modération de la critique du régime par l’Hexagone voire la passivité de celle-ci à son égard, à défaut d’un soutien actif. Néanmoins, les stratèges et sherpa du système doivent prendre garde de ne pas trop pousser l’avantage de cette diplomatie militaire qui a tant réussi au régime car les donnes géopolitique et géostratégique ont tourné, et plutôt défavorablement.
Premièrement, l’alibi toujours brandi par Paris, selon lequel le régime de Deby est le bras armé et l’allié fiable de la France dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et qui confère une assurance-vie à la dynastie au pouvoir à N’Djamena a vécu. Comme le relève le journal Le Monde, « la justification de la présence militaire française au Tchad pose d’autant plus question que l’opération « Barkhane », dont N’Djamena abritait le centre opérationnel, est officiellement terminée depuis novembre 2022. Éloigné géographiquement des zones où se mène le combat contre les groupes djihadistes opérant au Sahel, le Tchad, plus encore depuis la rupture (de la France) avec Niamey, n’est plus un lieu de projection pour l’armée française. Se pose dès lors la question du maintien du contingent déployé sur place »[1].
En effet, la France ne menant plus elle-même de combat contre le terrorisme au Sahel, n’a, par voie de conséquence, plus besoin de présence de ses troupes sur le sol tchadien et encore moins, besoin de supplétifs de l’armée tchadienne pour le combat. Des militaires tchadiens dont l’engagement et le sacrifice au combat en lieu et place ou au côté des troupes françaises, ont toujours permis au système Deby, de marchander auprès de la France une assurance-vie. Toutes les rébellions armées tchadiennes depuis le MDJT de Youssouf Togoïmi jusqu’au FACT de Mahamat Mahdi Ali l’ont éprouvée à leur dépens.
Qui plus est, l’alibi du G5 Sahel a aussi vécu. Cette organisation qui était déjà en état de mort cérébral depuis le retrait du Mali en 2022, est définitivement enterrée avec la signature le 16 septembre 2023 de la Charte du Liptako-Gourma portant la création de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le Tchad, épargné par la gangrène AQMI et JNIM, mais également éloigné par la géographie de leur terre d’élection, a pourtant trusté aux pays du champ, le leadership de l’organisation sans pourtant en avoir les ressources financières et logistiques. Il l’a fait dans un seul but très intéressé : la quête insatiable d’honorabilité et de gloire de Deby père, fut-elle, en engloutissant tout le « dividende » de l’exploitation du pétrole, mais aussi, au prix des nombreuses vies humaines dans les rangs des troupes, transformées en chair à canon, sans égard pour les rescapés, les blessés, les orphelins et les veuves. C’en est fini ; il faudra aux stratèges trouver d’autres véhicules pour espérer continuer à promouvoir à l’international le régime. Le renversement opportuniste des alliances militaires par les trois pays du front sahélien en faveur de la Russie et de son industrie privée de la guerre (Wagner), de la Turquie, de la Chine et de l’Iran, prive l’alliance militaire entre N’Djamena et Paris de tout objet, conduisant à son épuisement. Paris n’a dès lors plus de raison de ménager le régime Deby.
Deuxièmement, il est évident que la France n’a d’intérêts économiques au Tchad que dans l’imaginaire pavlovien de ses détracteurs compulsifs[2]. La raison d’être de la présence de son armée au Tchad procède d’une part, des considérations géostratégiques en raison de la centralité du pays au cœur de l’Afrique et d’autre part, des considérations de l’entrainement, du recrutement et de la gestion des carrières de ses propres militaires par son état-major (voir en ce sens le remarquable article de Élise Vincent, « Le désarroi des militaires français face au retrait des troupes d’Afrique », Le Monde, 26 septembre 2023). Or, ces considérations géostratégiques et de gestion de ressources humaines n’ont plus assez de poids dans la balance. Depuis que par l’effet domino, l’armée française est chassée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, l’opinion publique française, dont le soutien à l’armée demeure fort, comprend encore moins le maintien du déploiement de celle-ci dans un pays du Sahel. Elle supporte très mal l’humiliation subie par celle-ci[3], devenue malgré elle, l’objet de tous les fantasmes, mais aussi le paillasson, l’épouvantail, le repoussoir, si ce n’est le marchepied des militaires en mal de pouvoirs. L’opinion ne tolérera pas à Macron de ne pas épargner l’institution d’une nouvelle humiliation en n’anticipant pas son retrait à temps du Tchad au risque de l’exposer encore au même sort qu’au Mali, Burkina et Niger. Même si Macron est un président en fin de mandat et non rééligible, il ne peut faire fi de ce ressenti et surtout du contexte de la coagulation des agitations antifrançaises menées par des entrepreneurs politiques néo-panafricanistes sur le terreau fertile d’un supposé ou réel néo-colonialisme évidemment arrogant français.
Troisièmement, le soutien involontaire de Macron à la succession dynastique de Deby par sa venue et sa déclaration de N’Djamena (voir en ce sens, A. Mbotaingar, « Emmanuel Macron et la succession Deby : de l’incompréhension à l’incrédulité », Ialtchad.com, 30 avr. 2021) a oblitéré profondément l’universalisme de la voix de la France et son exigence de la vertu démocratique. Ce soutien a surtout contrarié et affaibli la parole de la France face aux juntes des trois pays du Sahel qui pour la désarmer, lui opposent avec délectation sa politique de double standard vis-à-vis des putschistes. Deby fils qui sait ce qu’il doit à la France, compte parmi ses partisans, des personnes émettant des signaux plus ou moins forts en direction de la Russie et de Wagner. Il n’entretient lui-même sa proximité officielle avec la France que dans la mesure où celle-ci se soumet et cautionne toutes ses abjections (massacres du 20 octobre, l’élasticité de la transition, l’exclusion et la répression de l’opposition politique, le verrouillage de l’organisation des élections) ; règle ses problèmes de trésorerie en l’aidant à boucler le budget national ou à restructurer la dette comme ce fut le cas récemment avec la dette Glencor dans le cadre commun du G20. À la première dénonciation de ses travers par la France, Deby fils n’hésitera pas à actionner les leviers des manifestations anti-françaises (comme celle du 14 mai 2022 dont Wakit Tama n’était que « l’idiot utile »). Il n’hésitera pas non plus à user de toute la gamme des classiques désormais éprouvés avec efficience par les militaires au pouvoir dans les trois pays du Sahel, contre la France pour asseoir et conforter son pouvoir. C’est ce que relève au demeurant le journal Le Monde dans l’article précité : "il n’est pas exclu que le pouvoir tchadien décide de mobiliser lui-même l’opinion hostile à la présence militaire française. « C’est une carte à jouer face aux critiques sur la démocratie ou le respect des droits humains » (…). Ce serait aussi un moyen facile pour le président Mahamat Idriss Déby de gagner des points dans l’opinion et de pallier son manque de légitimité démocratique ».
Quatrièmement, de toute évidence, malgré son impopularité, malgré la Charte Africaine de la démocratie, malgré les résolutions du Conseil Paix et Sécurité de l’UA, malgré la résolution du parlement Européen, le système Deby est décidé à conserver le pouvoir. Il n’organise les élections générales en 2024 que dans le seul dessein de légitimer la succession dynastique. Un vrai traquenard pour la France. Or, Macron affirmait solennellement depuis le perron de l’Élysée que « la France n’était pas pour un plan de succession (…), elle ne sera jamais au côté de ceux et celles qui forment ce projet »[4]. Le système conduit pourtant tout droit le Tchad à ce plan de succession qu’il dénonçait. Faire partir maintenant les troupes du Tchad, permettrait à tout le moins de ne pas y mêler la France et de l’en rendre comptable. Mieux, ce retrait permettrait de priver le système d’un alibi, d’un marchepied et d’un paillasson. Mais c’est surtout ré-enchanté la grandeur d’âme de l’universalisme de la France en Afrique. Par ailleurs, s’appuyer sur le régime Deby pour espérer maintenir une quelconque influence de la France en Afrique est une gageure tant le déficit d’image de la dynastie au pouvoir y est béant. Il l’est d’autant plus que l’Élysée qui en est convaincu lui-même, entretient une fréquentation honteuse de Deby fils dont les audiences avec Macron ne figurent ni à l’agenda, ni dans les comptes rendus officiels de l’Élysée. Elles ne reçoivent pas non plus les honneurs des médias accrédités à l’Élysée. Deby fils est pourtant un chef d’État en visite de travail en France, dixit la présidence tchadienne !
Enfin, les convulsions actuelles de la relation de la France à l’Afrique francophone sont la traduction de la fin d’un cycle inéluctable du post-colonialisme empreinte de connivence parfois jusqu’à l’ignoble entre les dirigeants de l’Afrique francophone et ceux successifs de la France. Tant mieux que les convulsions en cours permettent d’y mettre un terme afin de repartir sur des nouvelles bases saines et plutôt économiques et scientifiques, sans sentimentalité. Les bases militaires françaises ne peuvent dès lors en être ; à commencer par celles présentes au Tchad.
Abdoulaye Mbotaingar
Docteur en droit, maître de conférences à l’université d’Orléans
[1] Le Monde, du 11 octobre 2023, « Chassés du Niger, les soldats français se replient provisoirement au Tchad, dernier allié de Paris au Sahel », par C. Valade.
[2] Comparativement à ses intérêts, notamment au Nigéria, en Angola, à l’Afrique du Sud. Le chiffre d’affaires de la filiale locale de TotalEnergie qui est un simple revendeur parmi d’autres des produits de la raffinerie nationale CNPC et dont l’essentiel des établissements est exploité en franchise par les tenants du régime, est epsilonesque par rapport à ceux condensés du groupe au niveau mondial. Par ailleurs, la difficulté pour le MEDEF (patronat français) International de constituer une équipe de volontaires de dirigeants d’entreprises pour une mission en octobre au Tchad en atteste.
[3] En particulier les conditions et modalités totalement subies de son départ du Niger.
[4] Déclaration du 27 avril 2021 au côté de Felix Tshikedi alors président de l’UA







