jeudi 22 octobre 2026

Il y a déjà, 72 heures que les portes de la Justice tchadiennes ont été fermées par les magistrats. Ceux-ci réclamaient leur sécurité et celle du milieu judiciaire en général. Les enjeux d’une grève illimités à la Justice sont importants. Votre journal Ialtchad s’est entretenu ce 23 mars avec Me Hisseine Ngaro, huissier de Justice Commissaire-Priseur. Interview.

Que devient la Justice au Tchad ?

D’abord il faut dire c’est une situation à déplorer. J’avoue que depuis 1989, date à laquelle j’ai pris fonction à la justice en tant que greffier en chef avant de quitter cette fonction pour devenir aujourd’hui huissier de Justice, les choses ne font qu’aller de mal en pis à partir de 1990. Malheureusement, depuis cette date jusqu’à l’heure actuelle on se demande si le pouvoir judiciaire est considéré comme un troisième pouvoir au même titre que le législatif et l’exécutif. En toute sincérité je ne pense pas. Le pouvoir judiciaire est devenu complètement amorphe par la faute du politique et législatif. Aussi simple que paraitre comme cela aujourd’hui, je vous donne un exemple. En 1993, 95 les gens tiraient sur le personnel judiciaire. Dans l’ancien palais de justice de N’Djamena devenu actuellement trésor public, nous avons connu beaucoup d’humiliations de la part de l’exécutif et du législatif.

Les choses semblent s’enfoncer pourtant ?

Pie aujourd’hui si les magistrats sont dénigrés cela vient des deux autres pouvoirs (exécutif et législatif). Vous savez en son temps il n’y avait qu’un seul syndicat des magistrats. Le politique a réussi à diviser les magistrats et prendre ceux qui sont à sa dévotion pour en faire des ministres, des chefs de juridiction etc. l’aspect le plus marquant est qu’aucun respect n’est dû à un magistrat dans ce pays. Or, on ne peut parler de véritable démocratie dans un État que lorsqu’il existe une véritable Justice indépendante. Autrement, c’est l’indépendance des magistrats qui fait l’indépendance de la Justice. Les choses sont claires, l’exécutif dispose d’un palais rose, identique au législatif mais il n’existe même pas un palais digne de ce nom pour le judiciaire. Avec cela on vous dit que le Tchad est un État démocratique où les droits et devoirs sont respectés. C’est le fait que les magistrats soient divisés qui fait que les décisions sont rendues non sur le droit mais en considération des volontés politiques ou législatives.

Selon vous, qu’est-ce qui peut être à l’origine des menaces répétitives des magistrats ?

Aujourd’hui l’insécurité se généralise non seulement concernant les magistrats mais le maillon judiciaire dans son ensemble. On tue des magistrats, des greffiers, des huissiers, des avocats dans ce pays depuis 1990 à nos jours.

A chaque fois, on se retrouve entre personnel du corps judiciaire parce qu’on forme un seul noyau. Mais choses à déplorer il y a des magistrats ou des greffiers du pouvoir qui viennent casser l’ordre préétabli. Ce que ceux-ci oublient les gens ne font pas part des magistrats, ils tirent sur tout le monde. Malheureusement on ramène les mêmes délinquants devant un juge au lieu de dire la vraie sentence, il se montre clément. Quelque fois, nous sommes aussi responsables de ce qui nous arrive.

Vous dites à quelque chose le malheur est bon, que cela veut dire ?

Je dis à quelque chose le malheur est bon parce que les magistrats doivent cette fois, prendre leur destin en main.  Ils doivent dire qu’ils sont des magistrats, hommes indépendants, garants de la justice pour tous. Ils ont pour devoir d’assoir la démocratie dans ce pays. Aujourd’hui ce sont les deux syndicats qui se retrouvent ensemble. L’heure est à la prise de conscience de cette situation. Je pense que nous formons un seul corps et le corps c’est la magistrature. Désormais plus de deux syndicats, un seul pour défendre les intérêts de tous. Je crois que quand on prête serment pour légiférer en toute conscience et âme, on doit prouver qu’on est indépendant. Il faut que les magistrats prennent garde, ils doivent s’assumer c’est-à-dire être solidaires. Ils doivent rendre leur verdict conformément à la loi. Je sais que certains magistrats ont fait ça et qui ont la conscience tranquille. Tant qu’ils se fragilisent en termes de syndicats, ils ne s’en sortiront jamais.

La justice se ferme au pays, quelles peuvent être les conséquences à votre avis en tant qu’auxiliaire de Justice ?

Les conséquences sont simples, ceux qui viennent demander justice parce qu’ils ont foi en elle, sont sur les carreaux. Ils sont obligés d’attendre, les urgences qu’on ne peut même pas regarder étant donné que c’est un arrêt illimité. Or il y a des faits qui nécessitent des urgences. Par exemple un accidenté de circulation qui croupit à l’hôpital et on attend la décision du juge pour qu’il soit évacué. Cette grève va faire part belle à certains officiers de police judiciaire(OPJ).

Vous dites la grève des magistrats va faire part belle aux OPJ. Expliquez-vous davantage ?

La grève des magistrats va faire part belle aux OPJ évidemment. Ils diront que la justice ne travaille pas ‘’on règle ça entre nous’’. A mon avis c’est ouvrir une boite à Pandore en ce qui concerne l’injustice. Les gens vont croire qu’en payant les amendes on règle le problème or rien n’est réglé. En matière criminelle par exemple, rien ne se règle au niveau des OPJ ou commissariats. Autres conséquences, le nombre des personnes gardée à vue va remplir les prisons et les commissariats. Et qu’est-ce qui va se passer ? Demain il n’y aura pas à manger pour les détenus et cela risque de susciter une grève des prisonniers. On ne peut pas parler d’un pays démocratique sans justice s’il vous plait !  Dès que la justice cesse de travailler, les abus viennent de toute part.

Que faut-il faire pour arrêter les abus ?

Pour arrêter les abus, il faut mettre les magistrats dans toutes les conditions requises. Assurer la sécurité au travail comme à la maison. Les contrôles dans la ville même si tu présentes ta carte professionnelle, on te néglige. On compare même un magistrat à un ministre. Or il y a une grande différence entre un magistrat et un ministre. Le ministre est nommé par un décret et peut partir à tout moment mais un magistrat reste un magistrat. Il n’y a pas une école de ministre mais une école des magistrats. On doit concéder au juge ou magistrat, la valeur et l’honneur qui sont les siennes. Les magistrats doivent avoir eux aussi l’escorte comme le Président du CMT et le Président du CNT. Le judiciaire est le 3eme pouvoir, pilier de la démocratie.

Les magistrats ont raison de jeter leurs cartes professionnelles, quel commentaire faites-vous ?

Les magistrats ont raison de jeter leurs cartes professionnelles, moi je ne la porte pas sur moi. Je me promène qu’avec ma carte nationale identité. Il faut que le Chef de l’État dise au service de sécurité que les magistrats et l’ensemble du service judiciaire est assermenté.  Je pense qu’il faut que cela cesse sinon il ne sert à rien de parler Justice dans ce pays-là. C’est quand les gens vont commencer à se pourchasser comme dans une jungle qu’on comprendra l’importance de la Justice. Aujourd’hui 4à 5 jours la justice ne travaille pas, je pense que dans un État normal on doit déjà interpeller beaucoup de gens. Ce qui les intéresse actuellement c’est Doha, or 80 pourcent de ceux qui ont mis ce pays à genoux sont là-bas. Je suis désolé qu’on veuille restaurer la démocratie sans la Justice.

Interview réalisée par
Moyalbaye Nadjasna

Suite au préavis de grève lancé par la plateforme syndicale revendicative relatif au non-respect des clauses du pacte social, les autorités ont répondu en tenant une rencontre avec les responsables syndicaux. La rencontre a eu lieu le 22 mars dernier entre le ministre de la Fonction publique, celui des Finances et le secrétaire d’État aux finances. Reportage.

Certaines clauses du pacte social triennal souffrent d’application du côté du gouvernement. C’est ce qui a amené les centrales syndicales revendicatives à rappeler de temps en temps le gouvernement sur ses engagements vis-à-vis de ses partenaires. Le dernier communiqué qui annonce un préavis de grève a fait réagir le gouvernement qui a convoqué, hier, une rencontre avec ses partenaires sociaux afin de discuter sur les points faisant l’objet de revendication.

Pour le secrétaire général de l’Union des Syndicats du Tchad Gounoung Vaima Gan-faré, le protocole d’accord n’est pas appliqué comme ils le veulent, mais le gouvernement ne veut pas entendre raison.  « Il est écrit dans le pacte qu’on doit fournir des passeports de service aux premiers responsables syndicaux. Mais cela n’a pas été fait. Il y a des points dans le pacte qui ne concernent pas l’argent. On ne doit pas tout résumer sur l’argent pour dire que le gouvernement a déjà tout fait. Même le simple respect est important pour les partenaires que nous sommes », a-t-il indiqué. Le secrétaire général de l’UST d’ajouter qu’il existe dans les clauses une partie qui dit que si l’une des parties signataires ne respecte pas ses engagements, l’autre doit reconsidérer sa position. C’est même la raison qui a amené l’UST à écrire plus de six lettres pour rappeler le gouvernement de la période à laquelle tel aspect du pacte est violé. Selon lui, le sérieux manque dans l’application du pacte social. Alors le bureau de l’UST va s’associer avec les autres pour analyser point par point les clauses du pacte avant de répondre aux autorités. A-t-il souligné. Gounoung Vaima Gan-faré déplore enfin le comportement des autorités qui appellent les responsables syndicales le soir au téléphone pour les convier à une rencontre le jour suivant à 10h.

Le ministre des Finances et du Budget Tahir Hamid Nguilim parle lui d’une multitude d’engagement financier que le gouvernement a pris et qui doit s’exécuter de septembre à juillet. Pour lui,  le gouvernement a accompli tout ce qui concerne le plan financier. « Tout est réglé en ce qui concerne les rappels, les primes de transport, les arriérés des enseignants scientifiques et des médecins. Malgré les bruits, le gouvernement va être à jour ». Il a également abordé l’aspect des arriérés des retraités de la caisse nationale des retraités du Tchad. De son avis, le gouvernement s’est engagé à mensualiser et à augmenter le point d’indice de 105 à 115 pour les retraités. Aussi, le gouvernement s’est engagé à payer les arriérés sur 10 à 15 ans qui sont un montant théorique de 26 milliards. A-t-il précisé. En ce qui concerne la Caisse Nationale de Prévoyance sociale, le ministre des Finances dénonce le non-versement des cotisations collectées chaque mois par cette institution. Tout en déplorant les multitudes communiquées de la part des centrales syndicales, il indique que tous ces engagements doivent faire l’objet d’une discussion tripartite entre le gouvernement et les centrales syndicales.

Kouladoum Mireille Modestine
Ousmane Bello Daoudou

La plateforme revendicative des droits et intérêts des personnes handicapées au Tchad a organisé une cérémonie de remise des badges hier aux personnes en situation de handicap. Objectif : leur permettre la traversée du pont vers Kousseri une ville camerounaise dans l’exercice de leurs activités génératrices de revenus. La cérémonie dans les locaux de l’école FDAR au quartier Chagoua. Reportage

Ce sont des personnes à mobilité réduite visiblement contentes qui ont reçu des badges d’accès à la ville Kousseri pour le trafic des produits recommandés. Ils sont plus de 200 personnes à obtenir ce permis de traverser. Le badge contient les informations sur le profil du détenteur : nom et prénom, la photo et le numéro de matricule. Il est destiné à une utilisation personnelle. Les engins à moteur ou non des personnes handicapées sont eux aussi immatriculés afin de permettre aux agents douaniers d’identifier les personnes handicapées qui vont traverser la frontière. La cérémonie a commencé avec la remise d’une attestation de reconnaissance décernée à la ministre de la femme, de la Famille et de la Protection de la petite enfance Amina Priscille Longoh. Pour son engagement, son sens d’altruisme et sa politique sociale pour le bien-être des personnes handicapées.

Dans son mot de circonstance, le porte-parole des personnes en situation de handicap Ali Hossimbété Justin remercie ses camarades de lutte pour leur courage et les exhorte à se comporter en personne responsable dans l’exercice de leurs activités. La conseillère nationale de transition Haram Moussa Alkhali elle, encourage les personnes handicapées avant de les demander de faire preuve de responsabilité pour le bien de toute la couche. « Vous n’êtes pas appelés à trafiquer les produits comme la drogue, les armes à feu et autres. Respectez les consignes données par les autorités sur les produits qui doivent entrer dans le territoire tchadien et tout ira pour le bonheur de tous », précise-t-elle. Elle ajoute que la personne à mobilité réduite doit vivre normalement comme les autres. Raison pour laquelle, le gouvernement a fini par leur donner accès au pont de Ngueli pour leurs activités de survie.

Le représentant de la ministre de la femme, de la Famille et de la Protection de la petite enfance Hassane Manké Homa félicite les récipiendaires avant de les rappeler à l’utilisation personnelle et rationnelle du badge. Il rappelle les conditions du gouvernement qui sont celles qui consistent à ne pas trafiquer les produits prohibés. « Quand certaines personnes vont vous demander de faire sortir tel ou tel produit non recommandé, déclinez simplement l’offre. Vous devez faire preuve de maturité pour trouver aux autorités qu’ils n’ont pas tord de vous faire confiance », affirme-t-il. Hassane Manké indique aussi que tous les regards des autorités sont désormais tournés vers les personnes handicapées pour voir s’ils vont déroger à règle. Quelques conseils pratiques et orientations sont donnés à ces dernières. La dernière étape reste les formalités douanières.

Kouladoum Mireille Modestine
Ousmane Bello Daoudou

Le collectif des lauréats de l’Écoles normales et professionnelles en instance d’intégration à la fonction publique organisé un set in aujourd’hui, 23 mars au ministère tchadien de l’Éducation nationale. Ils expriment leur mécontentement suite au retard de leur recrutement à la fonction publique. Reportage.

Le temps n’était pas doux ce matin du mardi, 23 mars à N’Djamena capitale tchadienne. C’est sous une chaleur brûlante que les lauréats des Écoles normales et professionnelles ont campé dans la cour du ministère tchadien de l’Éducation nationale au quartier Moursal. Pancartes en mains, on peut lire « jusqu’à quand la fin de notre calvaire », sifflets à la bouche, chants de malheur, telle est l’ambiance qui a prévalu autour du rond-point du building.

M. Djabar Ahamat est un lauréat de l’École normale d’enseignement technique de Sarh, très remonté. Il dit qu’il est ici à N’Djamena en solidarité avec ses collègues pour revendiquer l’intégration à la Fonction publique de tous les lauréats de l’école normale. « Écoutez dans la logique, on ne devrait pas sortir et se placer sous le soleil pour exiger notre recrutement à la Fonction Publique. Nous sommes entrés dans les écoles normales par voie de concours. Nous sommes alors formés pour enseigner. On devrait être automatiquement déployés sur le terrain pour travailler. Ce n’est pas digne du tout », exprime-t-il. A son avis, ce sont les autorités en charge du système éducatif au Tchad qui ont tué l’éducation dans ce pays. Il poursuit qu’elles tiennent des réunions avec les partenaires pour dire qu’il faut améliorer le système éducatif pour rien. M. Djabar Ahamat trouve triste de parler d’une quelconque amélioration du système éducatif au mépris des ressources humaines formées et prêts à l’emploi abandonnées à elles-mêmes. « L’éducation c’est la lumière et lorsqu’on l’enterre, on va vivre mille ans dans l’obscurité », relate-t-il.

Selon Asrabaye Félicité, une des leaders du collectif des lauréats des écoles professionnelles en instance d’intégration à la Fonction publique, c’est une expression du ras-le-bol. Elle explique que les autorités tiennent des fausses promesses. La jeune dame rappelle qu’il n’y a pas longtemps une des plus hautes autorités les rassurait de faire partie d’une commission de recrutement qui sera mis en place. Or c’était juste pour les berner, dit-elle. « Franchement nous sommes fatigués de tout ce mensonge. Ce matin une équipe dite de négociation est venue nous voir. Ils ont promis revenir nous trouver, on ne bouge pas jusqu’à ce qu’ils reviennent nous trouver. C’en est de trop-là. Le PCMT a ordonné qu’on intègre 5000 jeunes, quelle est l’autorité plus grande que lui dans ce pays », s’interroge Mme Félicité ?

Pour M. Neuzilka Emmanuel, porte-parole du collectif des lauréats, c’est une expression de mécontentement suite au retard de leur intégration à la Fonction publique. « Voyez-vous que nous sommes légalement formés pour le besoin de cause. Malheureusement jusqu’aujourd’hui, nous en souffrons. Nous avons eu beaucoup des rencontres avec les plus hautes autorités assorties des promesses non réalisées. Nous avons estimé que ça ne va pas continuer de la sorte. Et c’est pour cette raison que nous sommes ici », signifie-t-il. Selon lui un adage dit que, la vérité ne s’expire pas, mais seul le mensonge s’expire. D’après le porte-parole des lauréats, les autorités sont prises à la gorge et ils n’ont rien à leur proposer actuellement. « Nous allons rester dans ce lieu et nous ne quitterons pas si rien n’est fait », lance-t-il. M. Neuzilka Emmanuel souligne que personne ne s’est intéressé à eux ce matin, même le ministre a quitté le bureau. Selon lui ils disent que, le pays est en phase de dialogue et dans cet état c’est difficile à trouver de solutions pour les faire sortir de cette situation précaire.  « Sincèrement c’est déplorable pour notre pays », déclare-t-il.

Le porte-parole des lauréats rapporte que la sécurité s’est déployée, mais ils ne les ont pas bousculés. Il indique qu’ils ne vont pas baisser les bras, mais ils vont continuer la lutte jusqu’à la satisfaction.

Moyalbaye Nadjasna

L’accueil des patients dans les structures médicales est la première étape d’une prise en charge sanitaire. Mais de nos jours, le personnel médical ne semble pas jouer pleinement ce rôle. Certains patients accusent le personnel soignant de ne pas leur apporter une attention particulière. Pour comprendre ce phénomène, Ialtchad Presse s’est rendu dans quelques hôpitaux de la capitale, N’Djamena. Reportage.

Un patient bien accueilli dans une structure sanitaire est un patient guéri à moitié, dit un adage médical. Mais cet adage est de plus en plus loin de la réalité. Partout au Tchad, les patients se plaignent du manque d’accueil par le personnel soignant. Surtout à N’Djamena, beaucoup de patients malades n’apprécient pas le comportement de certains personnels soignants.

Dans certains hôpitaux de la capitale, les services les plus pointés du doigt sont les services de la maternité, la consultation et l’infirmerie.  Pour cette patiente qui s’exprime sous couvert de l’anonyme, à l’hôpital de l’Union au quartier Chagoua,  qui est sur place depuis plus 2 heures se tord de douleur, mais aucun infirmier ne s’est approché d’elle. Selon elle, dès qu’une personne malade arrive dans une structure sanitaire, le personnel soignant doit être prompt pour l’aider. La jeune dame estime qu’à l’hôpital de l’Union, le personnel soignant n’a pas de compassion pour les malades qui arrivent. Elle ajoute qu’elle a fait cette remarque plusieurs fois. La dernière fois, dit-elle qu’elle avait amené sa mère gravement malade au service des urgences tard dans la nuit, le personnel de garde avait traîné les pas et certains se permettaient même de gronder la malade. La jeune institutrice regrette qu’il n’y a pas un autre hôpital public digne de nom dans les quartiers sud. Ce qui l’obligeait à revenir toujours à l’hôpital de l’Union.

Au centre de santé d’Atrone, toujours dans le 7e arrondissement, certaines femmes estiment qu’accoucher dans ce centre à des heures tardives est un calvaire. Marie-Antoinette Memadji, une grand-mère d’une cinquantaine d’années, raconte la dure nuit qu’elle a passée avec sa fille en travail au centre de santé d’Atrone. Selon elle, les sages-femmes de ce centre de santé manquent d’humanisme. Elle dit avoir vu ces accoucheuses insulter sa fille qui souffrait pendant le travail. « Au lieu de consoler la personne qui souffre, elles l’insultent. C’est inhumain », dit-elle. Marie-Antoinette Memadji relate qu’il y’a environ 20 ans, si une femme en terme arrivait au service de la maternité, les sages-femmes se mobilisaient pour lui apporter les soins qu’il faut. Mais de nos jours, regrette la grand-mère, quand une femme en travail arrive à la maternité, celles-ci ne bougent pas et parfois abandonnent dans la salle d’accouchement seule la pauvre dame en travail.

Parlant de l’épineux problème d’accueil des malades dans les structures de santé au Tchad, le médecin-chef de l’hôpital Sultan Cherif Kasser, situé dans le 3e arrondissement, Dr Tidjani Abangassou, dans un hôpital, la première des choses c’est l’accueil des malades. Selon lui, l’accueil est important pour un hôpital, du fait qu’il fait partie de la prise en charge du patient. Il souligne qu’un malade bien accueilli est guéri à environ 80 pour cent. Concernant la structure qu’il gère, il précise que dès l’entrée, il y’a un service pour orienter les malades. Il estime que l’orientation est le premier accueil d’un patient. Le médecin-chef de l’hôpital Cherif Kasser ajoute que le médecin doit toujours accueillir son patient avec sourire pour le mettre en confiance. Il affirme qu’’on ne doit pas juger le patient, mais on l’écoute avant de demander les examens.

Pour résoudre le manque d’accueil dans les structures de santé, Dr Tidjani Abangassou propose qu’on sensibilise le personnel soignant sur l’importance d’accueillir patient dans une structure sanitaire. Il argue que certains médecins ou infirmiers qui ont de problèmes dans leurs familles, déversent parfois leurs soucis sur les malades qui ont pourtant besoin d’un accueil chaleureux et psychosocial. Il estime que certains personnels de la santé n’ont pas la vocation et ne sont pas heureux dans ce qu’ils font.

Abondant dans le même sens, Dr Guilia Tampi Babegue, médecin généraliste à l’hôpital de la paix, à Farcha dans le 1er arrondissement, constate qu’il y’a un réel problème d’accueil du personnel soignant qui se pose. Elle précise que de fois certains patients frustrés et mal accueillis, deviennent souvent violents envers le personnel soignant. Elle exhorte les autorités à prendre au sérieux le problème d’accueil des malades dans les structures de santé.

Jules Doukoundjé

Hier dimanche 20 mars dans la matinée, les forces de l’ordre ont débarqués au marché de Dembé et demandent aux vendeurs de libérer l’espace. Dans la précipitation, certains ont pu ramasser leurs articles. D’autres par contre arrivent avec un retard et leurs marchandises sont emportées par les personnes mal intentionnées. Les femmes pleurent et se lamentent. Ialtchad Presse est allé sur la place du marché. Reportage

L’espace clôturé appelé ironiquement maison d’arrêt où se vend toutes sortes de produits alimentaires et non alimentaires est vide. Sur les lieux dégagés, on peut voir des enfants qui viennent fouiner pour voir s’ils peuvent trouver quelque chose à emporter. Les forces de l’ordre sont installées partout dans le marché avec des chicottes et du gaz lacrymogène pour réprimer les belliqueux. Les femmes vendeuses avec sur leur tête les marchandises ne savent pas où les étaler. Elles sont obligées de se promener avec leurs produits sur la tête dans l’espoir de trouver un acheteur. D’un côté on libère de l’espace, de l’autre côté les femmes transforment les devantures des propriétés privées en marché. Difficile de circuler. Les vendeurs et les acheteurs ne se retrouvent plus.

Les lieux de vente des produits alimentaires ont changé d’endroit. Les acheteurs font le tour du marché pour trouver les produits désirés. Madame Dingambaye Mélanie vendeuse des ingrédients pour la sauce longue n’en revient pas. Elle est prévenue du déguerpissement et arrive pour sauver quelques-uns de ses produits. Les larmes aux yeux, elle explique son cas. « J‘étais à l’église quand on m’a appelé pour me dire que les forces de l’ordre sont en train de déguerpir les commerçants du marché. J’étais venu précipitamment, mais je n’ai pas trouvé mes marchandises au complet », affirme-t-elle. À son avis, les forces de l’ordre sont venues le samedi dans l’après-midi et les vendeurs pensaient que c’était pour sécuriser les lieux comme il y a beaucoup de vols. Pourtant, ils préparaient notre déguerpissement, ajoute-t-elle. Mme Mélanie souligne également que les forces de l’ordre disent que l’espace clôturé appartient à un individu et qu’il veut son lopin. Mais pourquoi ne pas avertir avant de procéder au déguerpissement ? s’interroge-t-elle.

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, certaines personnes ont profité de la confusion pour voler les produits des autres. Madame Achta Yacoub est une victime. Ses sacs de fleurs d’oseille, de gombo et du sésame consignés dans le magasin du marché sont emportés par des voleurs. Elle n’a rien retrouvé. Madame Zara est en pleure, « j‘ai pris certains de ces produits en prêts. C’est quand j‘ai fini de vendre que je rembourse l’argent emprunté du grossiste. Mais là je ne sais même pas ce que je vais faire ». Se lamente-t-elle. En attendant de trouver un espace pour étaler leurs marchandises, les vendeurs errent sonnés, les regards lointains, dans les environs du marché.

Kouladoum Mireille Modestine

Les magistrats du Tchad ont lancé une grève illimitée à l’issue d’une Assemblée générale extraordinaire aujourd’hui, lundi 22 mars 2022. Ils affirment que leur rencontre de ce jour est la conséquence de la violence et des agressions physiques envers les magistrats. Reportage.

« Nous avons déclenché une grève sèche et illimitée dans la mesure où nous sommes maltraités sur nos lieux de travail, dans nos déplacements quotidiens, dans nos domiciles, même les membres de nos familles ne sont pas épargnés. Nous jetons les toges. Cet arrêt de travail qui vient d’être décidé est un signal à l’endroit des autorités. Elles doivent cesser de considérer le pouvoir judiciaire comme un pouvoir à la traîne », a déclaré M. Djonga Arafi, SG du syndicat des magistrats du Tchad (SMT). A son avis, les magistrats doivent jouir de l’égalité entre l’Exécutif, le Judiciaire et le Législatif. Aussi, dit-il, cette rencontre était l’occasion pour les magistrats de réveiller toutes leurs revendications. Il cite quelques-unes de ces revendications : « le traitement indiciaire des magistrats qui devrait être revu, leur plainte contre un ministre à l’époque est toujours dans les tiroirs de la Cour Suprême, est resté sans suite. Doter les juridictions sans exception des éléments de sécurités ».

À Mao dit-il, le tribunal ne dispose même pas d’un seul élément de sécurité. Les bras armés de la Justice sont selon lui, la Gendarmerie et la police qui doivent naturellement l’accompagner dans l’exécution de ses décisions. « L’affaire de Mao n’étant pas encore finie qu’hier encore, un magistrat de passage à N’Djamena s’est vu molesté par les forces placées en attentes pour désarmer les personnes non autorisées à porter les armes », a dit M. Djonga Arafi.

Selon lui, le port d’arme est concédé au magistrat par un texte de loi. Les magistrats, dit-il, n’ont pas à se soumettre à la volonté d’un individu surtout militaire pour contrecarrer un texte qui leur donne droit. Les magistrats ont déposé leurs cartes professionnelles au cours de la réunion. « Une carte signée des deux ministres qui se retrouvent entre les mains d’un agent de sécurité et qui le froisse, c’est tout un pan qui est en train de s’écrouler. Nous jetons les cartes symboliquement pour  protester. Nous sommes fatigués », lance-t-il.  M. Djonga soutient que cette carte est contresignée par le ministre de la Sécurité et le ministre de la Justice garde des sceaux, suivant un décret de 1961. Ce texte, à son avis, mentionne que les cartes professionnelles des magistrats sont signées par le ministre de tutelle et contresignées par le ministre de la Sécurité. L’objectif c’est pour nous permettre de circuler librement, a indiqué le syndicaliste. « Dans la mesure où cette carte cesse de nous protéger, nous décidons unanimement de les restituer. Naturellement, elles deviennent des objets encombrants. Car elles ne nous protègent pas. Ceux qui sont chargés d’assurer le contrôle sur les voies publiques doivent assurer la libre circulation aux titulaires de cette carte », soutient le SG du SMT.

Le SG du SMT a rappelé qu’un mémorandum a été adressé aux plus hautes autorités du pays l’année dernière. Les problèmes minent le fonctionnement de la justice et les conditions de travail précaires ont été discutées de fond en comble. Pour lui, les magistrats avaient accepté quelques concessions conduisant à une trêve. Malheureusement cette trêve n’a pas duré longtemps étant donné que les mêmes problèmes posés par les magistrats se sont quintuplés. « Alors nous nous sommes rebiffés. Ces problèmes sont : la sécurité, les conditions de travail. Nous ne pouvons pas travailler dans un climat d’insécurité. Le magistrat doit être libre et sécurisé lorsqu’il doit trancher », a conclu M. Djonga Arafi.

Moyalbaye Nadjasna

L’utilisation des produits cosmétiques décapants, appelés communément produits éclaircissants, par les femmes pour dépigmenter la peau est préoccupant. Ce phénomène constitue une menace grave pour la santé de la femme tchadienne, car il entraine des complications dermatologiques. Certains spécialistes tirent la sonnette d’arme et appellent les autorités à agir pour lutter contre ce phénomène. Repartage.

L’utilisation des produits décapants pour éclaircir la peau, est devenue de plus en plus un phénomène banal dans la société tchadienne. Pour être belle, certaines femmes ne lésinent pas sur les moyens. Elles mélangent plusieurs produits décapants, selon leurs bourses, pour éclaircir la peau. L’utilisation abusive et sur une longue durée pourraient avoir des conséquences néfastes pour la peau noire. Des dermatologues et en gynécologues sont inquiets. Ils sont préoccupés par ce phénomène qui gangrène la société tchadienne. Pour arrêter, l’effet de propagande, ils interpellent les autorités en charge de la santé publique à agir vite avant qu’il ne soit trop tard.

Certaines estiment que ce sont les hommes, prisés par le teint clair qui poussent et encouragent les femmes à utiliser ces produits dangereux pour la santé. Fani Kolbo, une jeune femme habitant au quartier Chagoua dans le 7ème arrondissement raconte que c’est depuis 6 ans qu’elle se dépigmente la peau. Selon elle, c’est son petit ami qui l’a contrainte à se lancer dans cette aventure. Fani Kolbo dit qu’elle avait la peau bien foncée, mais c’était son petit ami qui faisait des yeux doux pour une fille de teint claire du quartier qui l’a poussée à changer de crème. Aujourd’hui, la jeune dame cherche à abandonner cette pratique. « J’ai tenté d’arrêter de me dépigmenter la peau, mais ce n’est pas facile. Quand j’ai changé mon savon et ma crème éclaircissante, ma peau a changé de couleur et s’est mise à se détériorer », dit-elle. Elle regrette d’avoir utilisé les produits décapants et exhorte les femmes à la peau noire à la la protéger.

Pour Amina Sadié, l’utilisation des produits décapants pour éclaircir la peau est une pratique normale dans leur famille. Elle souligne que c’est dès leurs bas âges que leur mère les oint avec ces crèmes éclaircissantes. Elle ajoute aussi qu’elle a grandi dans ce milieu et qu’il lui serait difficile d’arrêter. La jeune dame dit avoir conscience des dangers liés aux maladies de la peau, mais que sans cela, elle ne se sent pas belle.

Alertant les femmes sur les dangers qu’elles encourent en utilisant les produits décapants, le Dr Manikassé Palouma, affirme que la dépigmentation est une mauvaise pratique qu’il faut arrêter. Selon lui, les femmes pensent qu’en éclaircissant la peau, elles pourront attirer l’attention des hommes, mais elles s’autodétruisent. Il souligne que même sur le plan religieux, elles défient Dieu, en voulant se décaper la peau. Il explique que le pigment protège contre les ultras violets, mais ce pigment est détruit par les produits décapants et cela expose la femme à des risques de cancer de la peau. « En utilisant ces produits décapants sur la peau, ça passe dans la circulation sanguine et ce sont les produits toxiques à tous les niveaux et ça peut causer d’autres dégâts », précise Dr Manikassé Palouma. Selon lui, ces femmes qui se dépigmentent, ont une peau fragile et si jamais elles sont opérées, la cicatrisation devient difficile.

Face à cette situation, qui constitue un défi majeur pour les femmes tchadiennes, le secrétaire général (SG) de l’association pour la défense des droits de consommateurs (ADC) Daouda Elhadj Adam demande aux tchadiennes de méditer sur ce phénomène dangereux qui gagne toutes les couches sociales. Le SG de l’ADC exhorte les organisations féminines et aux femmes leaders d’inscrire la lutte contre la dépigmentation dans leur plan d’action en vue de son éradication. Daouda Elhadj Adam appelle les autorités du Ministères de la santé publique et de la Communication d’initier de larges campagnes de sensibilisation sur les dangers et les conséquences de l’usage des produits décapants. Il souhaite aussi que les autorités prennent des mesures appropriées pour éradiquer ce fléau.

Jules Doukoundjé

Depuis le vendredi 18 mars, le prix du pain a grimpé dans les boulangeries de la capitale tchadienne sans une explication de la part des boulangers. Malgré cette augmentation, les consommateurs prennent d’assaut les boulangeries pour se ravitailler. En plus de l’augmentation du prix de la baguette, trouver du pain devient un casse-tête pour les revendeurs. Nous avons fait le tour de quelques boulangeries de la capitale. Reportage.

Les N’Djamenois se sont réveillé ce 18 mars avec une augmentation du prix du pain. Les pains sortent de la boulangerie au prix de 100FCFA la baguette, au lieu 70FCFA. Il se vend à 125 voir 150FCFA dans les quartiers et par endroit. Devant les boulangeries, il y a des longues files d’attente. Chacun attend son tour pour être servi. À la boulangerie, Ziad au quartier Blabline, les consommateurs font la queue pour se procurer du pain. Quelques-uns dénoncent cette augmentation inattendue du prix de la baguette.

C’est le cas de Béchir Saleh qui ignore les raisons de l’augmentation du prix du pain. Pour lui, c’est un manque de respect à l’endroit des consommateurs. « Les boulangers savent très bien que le pain est entré dans nos habitudes de consommation. Augmenter le prix de cet aliment sans prévenir est vraiment un manque de considération », dit-il. Il déplore l’incapacité de l’État à réguler les prix des produits sur les marchés. Il accuse l’État d’être complice parce qu’il laisse les commerçants faire à leur tête.

Le directeur de la boulangerie Ziad, qui préfère garder l’anonymat, donne les raisons de cette hausse de prix. De son avis, elle est due à l’augmentation des prix des matières premières dans la fabrication du pain, dont la farine de blé. « Le prix de la farine a augmenté et cela est dû au conflit russo-ukrainien. Ces deux pays nous ravitaillent en farine de blé et comme ils sont en guerre, cela a des répercussions  sur nous », précise-t-il. Il ajoute que la Russie n’a pas retrouvé son élan de production de blé après Covid 19 et la guerre vient s’ajouter.

À la boulangerie Hybah située en face de la bourse du travail, ce sont les revendeurs de pain qui voient leurs activités baissées à cause du prix du pain qui a grimpé. Younouss Moucktar est un revendeur. Il est installé devant la boulangerie avec les autres. Aujourd’hui, sa caisse qui autrefois était remplie de pain est vide. Ses clients viennent et repartent sans le pain. Interrogé, il affirme que la boulangerie ne les fournit pas le pain depuis que le prix est revu à la hausse. « Cela fait plus de 10 ans que nous sommes dans cette activité. Nous achetons plus de 400 pains par jour à la boulangerie pour revendre. Mais depuis que le prix a augmenté, personne ne veut nous vendre même un pain. A 18h par exemple si tu veux acheter le pain au prix de 200FCFA la baguette même tu ne vas pas trouvé », se lamente-t-il.  Selon lui, la boulangerie doit prioriser ses anciens clients, mais c’est le contraire qui se passe. Il souligne que cette hausse brusque du prix du pain freine leurs activités quotidiennes.

Kouladoum Mireille Modestine
Ousmane Belle Daoudou

Tous les yeux et les oreilles des Tchadiens sont orientés vers Doha. Les négociations entre les politico-militaires et la délégation du gouvernement de transition, après deux ajournements, piétinent toujours. Visiblement, il y a du sable dans l’engrenage. Qu’est-ce qui se passe à Doha ?

Côté politico-militaires. Ils sont arrivés à Doha de tous les coins de la planète. Ils étaient nombreux. Pas 52 personnes. 52 délégations au total. Il y a trop des politico-militaires. De toutes les espèces. Il y a une première catégorie : ceux qui ont de combattants sur le terrain ou des résidus de combattants, ceux qui prétendent en avoir, ceux qui étaient et ceux qui veulent l’être. Il y a une deuxième catégorie : les anciens baroudeurs, râleurs, rouleurs et grands usés par l’opposition armée. Il y a une troisième catégorie :les aventuriers, les animateurs des réseaux sociaux, les glaneurs, les grandes gueules, les opportunistes tantôt activistes hors du pays, tantôt rebelles de salon. Les Qataris avaient senti le piège pléthore. Ils tentent de donner du temps à tout ce vilain monde. Ils avaient signifié leur réticence au Conseil militaire de transition (CMT), mais peine perdue. Le piège semble se refermer sur tout le monde. Comment arriver à mettre tout ce monde d’accord?

Oui, il y a du sable dans le démarrage des négociations. Les politico-militaires disent être prêts tout en affirmant, sourire en coin, que le blocage vient de l’entourage du président de la transition qui a dépêché précipitamment de nouvelles personnes pour appuyer la délégation gouvernementale.

Côté gouvernement. Chérif Mahamat Zène, ministre des Affaires étrangères et président du Comité spécial chargé des négociations avec les politico-militaires balaient ses allégations du revers de la main. Il n’y a rien qui bloque selon lui. Les 10 délégués de la partie gouvernementale sont prêts. C’est les « politicos » qui tergiversent. L’ambiance entre les deux parties n’est pas terrible, après les retrouvailles hypocrites et les interminables salamalecs, voici venu le temps de faire face de deux côtés de la table, à la vérité.

L’inconnue à Doha est la méthode qatarie. Les Qataris ont fait beaucoup des efforts pour permettre aux deux parties d’affûter leurs arguments et de s’organiser. Ils n’ont pas l’intention de se laisser mener. Ils concocteraient une sauce imparable dans laquelle tous, délégation gouvernementale et politico-militaires, seront mangés. Comme médiateur, ils ont raison de ne pas vouloir entacher leur crédibilité dans les interminables querelles tchadiennes. Ils veulent imposer leur rythme et leur méthode. Si cela marche, c’est une excellente nouvelle. Et une chance pour le pays d’en finir avec ceux qui croient que le Tchad est un butin de guerre, qu’il soit du côté des politico-militaires comme du gouvernement.

Enfin, toutes ces chicanes augurent des lendemains qui déchantent. Et la montagne Doha accouchera certainement d’une souris.

Bello Bakary Mana

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