jeudi 22 octobre 2026

Pour trouver de solutions et lutter contre la mortalité maternelle, néonatale et infantile, le Ministère de la Santé publique et de la Solidarité nationale organise un dialogue national. Cette rencontre qui a réuni les experts, des ONG, les leaders religieux et traditionnels, mais aussi la société civile de toutes les provinces du pays pour débattre sur cette épineuse question. Ce serait l’occasion aussi de dégager des pistes de solutions pour faire basculer ce taux de mortalité trop élevé dans notre pays. Reportage.

La naissance d’un enfant devrait constituer un moment de bonheur. Mais le plus souvent, au Tchad, ce n’est pas toujours le cas pour beaucoup de familles. Or, il n’y a pas de raison pour qu’une femme qui donne la vie perde la sienne pour des complications obstétricales et autres causes. Ni que les enfants soient exposés à un risque de mortalité sur lequel l’on peut agir.

Pour la directrice générale adjointe des ressources, des infrastructures et de l’équipement au Ministère de la Santé publique et de la Solidarité nationale, Mme Ronel Grâce, il n’y a pas un décès qui fait plus mal quand une femme meurt en couche. Selon elle, cette rencontre de 5 jours va permettre de trouver des résolutions pour réduire la mortalité maternelle, néonatale et infantile. Parlant du taux trop élevé au Tchad, elle affirme qu’il y a plusieurs facteurs qui constituent la cause.

D’abord, il y a la cause liée aux 3 retards dus à une prise de décision pour amener une femme enceinte à l’hôpital, les retards liés aux moyens de transport, c’est-à-dire quand une femme est en travail, pour l’amener à l’hôpital, les gens mettent trop de temps pour prendre la décision. Et enfin le 3e retard, c’est à l’hôpital, selon elle, la prise en charge pose problème. La directrice souligne que tous ces retards contribuent au décès de la femme. Mme Ronel Grâce suggère qu’on combatte d’abord ces trois retards et les autres facteurs liés aux hémorragies. Elle estime que ce dialogue va permettre d’identifier les principales causes qui contribuent à la mortalité maternelle, néonatale et infantile. Au sujet de la difficulté d’accéder dans les zones plus reculées en saisons pluvieuses, elle ajoute que le Ministère est en train de faire de plaidoyer pour que le personnel soignant soit motivé, en augmentant leurs primes.

Selon M. Mohamed Touré, chef de projet santé à Expertise France pour le Tchad, les travaux sur la mortalité maternelle sont intéressants, ça arrive à point nommé parce que c’est une problématique qui est réelle et pour laquelle il faut apporter de solutions. M. Touré met plutôt l’accent sur le problème des ressources humaines. Selon lui, les ressources humaines constituent un maillon important dans la prise en charge de la mère et de l’enfant et de la réduction de la mortalité. À propos de sages-femmes, il affirme que si le pays enregistre un taux trop élevé de mortalité, parce qu’il n’y a pas assez de sages-femmes disponibles dans les centres de santé, et ensuite le problème de la formation des sages-femmes. « Une sage-femme bien formée, c’est 30 ans d’exercice de la profession des sages-femmes au cours desquels elle peut accoucher des femmes dans de bonnes conditions et peut naître des enfants dans de bonnes conditions. Par contre une sage-femme mal formée, c’est pendant 30 ans qu’on tue des femmes pendant qu’elles doivent donner la vie », explique Mohamed Touré. Il souhaite qu’on mise sur la formation pour avoir des produits, c’est-à-dire des sages-femmes et les maïeuticiens de qualité.

Dr Clémence Epokno, pédiatre néonatologiste, vient du Cameroun pour assister au dialogue sur la mortalité. Elle exprime sa satisfaction de ce qu’on a invité à ce dialogue les chefs traditionnels. Selon elle, les chefs traditionnels disent ce qui se passe réellement dans les zones rurales, les problèmes que les femmes et les enfants ont dans la communauté. Elle estime que la rencontre permettra au gouvernement et ses partenaires de trouver ensemble des solutions qui tiennent compte de la réalité.

Pour Géneviève Ehono, chargée de programme à l’ONUSIDA, ce dialogue met le doigt sur un problème crucial qui a trait à la mortalité de la mère et de l’enfant et du nouveau-né. Selon elle, le Tchad reste l’un des pays où les indicateurs sont très bas et que le pays est mal vu sur le plan statistique mondial. La chargée de programme de l’ONUSIDA estime que c’est une opportunité de donner la parole à tout le monde. Elle souligne que les débats sont ouverts et transparents, et toutes les personnes qui prennent la parole disent ce qui se passe réellement. « Cela va permettre aux décideurs de voir sur quel levier il faut mettre le doigt pour pouvoir améliorer la condition de la femme et de l’enfant. », dit-elle. Dr Géneviève révèle qu’au Tchad, chaque jour 19 femmes meurent en couche, sans compter les nouveau-nés qui meurent et qu’on n’arrive pas à chiffrer. Elle ajoute que c’est énorme et qu’il faut déclarer une urgence au Tchad. La chargée de programme explique les raisons sont à plusieurs niveaux. D’abord le poids de la tradition, la femme ne décide pas, la communauté et puis le mariage précoce. Elle cite aussi le système d’accès aux soins de santé qui sont loin et les structures de santé ne sont pas bien équipées et le manque des ressources humaines de qualité.

Jules Doukoundjé

Une formation à l’initiative du Centre de Formation et de Perfectionnement (CFP) de la Direction générale des Impôts, ce 28 mars 2022. Ialtchad a rencontré les formateurs et les participants ce 29 mars pour approfondir les enjeux de cette formation. Reportage.

Trente et cinq (35) agents d’Impôts, gestion des bureaux suivent depuis hier une formation sur le thème : « contrôle fiscal : contrôle sur pièces, contrôle ponctuel et vérification générale (de la comptabilité des sociétés). » Déjà ce matin 29 mars, deuxième jour de formation, les participants apprécient le niveau des encadreurs. Ils admettent que certaines zones d’ombre de leur métier se dissipent. 

Pour M. Derrom Mbaïadoum, Inspecteur des Impôts et Chef de centre de Formation et de Perfectionnement (CFP) de la Direction générale des Impôts (DGI), cette formation sur le contrôle fiscal vise trois catégories. La formation se fera en trois vagues. Elle dure une semaine. Pour l’instant, dit-il, c’est le volet contrôle sur pièces. La première vague de formation d’après lui ne vise que les gestionnaires des bureaux. Car ce sont eux qui reçoivent les dossiers de contribuables, a-t-il précisé. « L’objectif de cette formation c’est de permettre aux bénéficiaires de confronter les déclarations des contribuables et les bilans qu’ils déposent. Les gestionnaires seront aussi à mesure de ressortir les chiffres réels et trouver ce qu’il fallait. Ils pourront ensuite, prouver les redressements à faire et recouvrer l’argent à mettre dans la caisse du trésor national », a répondu le chef du CFP-DGI.

M. Derrom Mbaïadoum évoque qu’il va falloir outiller leurs agents pour bien faire le travail de manière professionnelle. Il ajoute qu’un autre enjeu de cette formation est le respect des procédures légales. À son avis, chaque contrôle obéit à des procédures spécifiques. L’inspecteur affirme qu’il faut éviter l’amalgame dans les différents contrôles fiscaux. « Si c’est un contrôle de pièces, il y a la limitation de procédure qui définit clairement comment il doit s’opérer. Donc tout est spécifique et clairement défini », assure-t-il.

M. Derrom Mbaïadoum remarque que dans le passé leurs agents font un peu de chevauchement. Il précise que suivant leur organisation interne, de recyclages périodiques sont programmés en faveur de leurs agents. « Chaque année, la Direction générale des Impôts(DGI), reçoit des agents qu’elle déploie partout pour le travail ». Certains, dit-il, ont la théorie sans la pratique, d’autres ne sont pas du domaine. Seuls les recyclages permettent de concilier la théorie et la pratique. Le chef du CFP-DGI exprime ses soucis en tant que responsables, c’est bien faire son travail en respectant la déontologie. « Un travail mal fait est un manque à gagner pour l’État. Mêmes les contribuables en tant que partenaires seront frustrés. Nous travaillons d’une manière très structurée avec eux. Il faut alors éviter de tels désagréments de relation partenariale », dit l’inspecteur.

Former les inspecteurs d’Impôts à l’échelle nationale

Pour M. Doguiné Yondé, formateur et ancien DGI, la formation se passe bien. La salle est enthousiaste et les participants sont réceptifs et curieux. Ce qu’il faut signaler ce que les formateurs sont des anciens responsables de la DGI. Le formateur assure que la DGI leur a fait confiance et ils croient satisfaire les attentes de cette formation. « Je vous avoue qu’on a assez de compétences au Tchad. Je vous informe qu’on voudrait créer une école qui forme les inspecteurs des Impôts sur place. On a même formé une première vague d’une trentaine d’agents qui est opérationnelle. Un bon produit fini avec la collaboration de l’Union Européenne », soutient-il.  L’ancien DGI affirme qu’ils devraient avoir deux vagues de trente (30) donc soixante (60) inspecteurs d’impôts formés par les cadres nationaux. Malheureusement dit-il qu’un souci de financement s’était posé pour la deuxième vague de 30 inspecteurs à former. « Ne perdons pas de vue, à l’extérieur on nous forme par rapport à la fiscale étrangère. Arrivée au pays, il faut vous faut modeler par rapport à notre législation fiscale ».  Pour compléter son collègue, M. Ousmane Abakar un autre formateur lui aussi ancien DGI maintenant Conseiller, indique que les 30 inspecteurs d’impôts qui ont été formés dans la première vague par les nationaux sont reconnus par la Fonction publique tchadienne. « Ils sont devenus actuellement des chefs de division et font normalement leur travail. Ce qui prouve que le Tchad est capable et dispose des compétences pour former ses ressources humaines », conclut-il.

Moyalbaye Nadjasna

Cela fait 15 jours que la délégation gouvernementale et les politico-militaires se sont retrouvés au Qatar pour un pré-dialogue qui permettra d’aller au grand dialogue national, prévu le 10 mai prochain. Que veulent les politico-militaires? Comment fonctionnent les Qataris? Pourquoi, 2 semaines plus tard, rien de concret n’est sortie?

D’abord, les politico-militaires ne semblent pas comprendre que Doha est une étape où ils posent les conditions de leur participation. Et le cœur de ces conditions est la garantie de leur sécurité. Le reste des leurs revendications devraient en principe se faire lors du grand dialogue. Mais les « politicos » donnent l’impression de ne pas savoir ce qu’ils veulent. Ils ont surtout fait étalage de leur désunion. Résultat, des groupes se sont formés sur des superficielles affinités. Quelles affinités? Guerrières? Idéologiques? En fait, les politico-militaires ne se font pas confiance. Les uns ne considèrent pas les autres. Il y a ceux qui croient dur comme fer que parmi eux, certains rouleraient pour la junte.

Ensuite, la lassitude de ne rien comprendre aux « méthodes quatariennes » a étreint tout le monde. Surtout la délégation gouvernementale qui semble réaliser que les choses sont plus compliquées que cela. Avant d’aller à Doha, le Conseil Militaire de Transition a fait jouer le nombre, imposant des politicos, au nom du dialogue inclusif, dans le jeu de la négociation espérant tirer profit. Arrivé à Doha, c’est une autre réalité qui s’est imposée, celle de la méthode quatarienne. Le négociateur en chef Chérif Mahamat Zène est même parti s’occuper d’autres choses. Bref, les bruits des couloirs en provenance de Doha se résument en une phrase, « rien ne se passe, rien ».

Rien? Pas tout à fait. Les Qataris ont travaillé. Ils ont un projet. Ils ont leur méthode. Leur plan repose sur trois piliers : l’écoute, le temps et le sérieux. Ils sont les maîtres du jeu et de l’horloge. Ils ont l’expérience et les moyens. S’ils ont supporté durant 2 ans les négociations entre les redoutables talibans et les intransigeants Américains, gérer les différends entre les Tchadiens est de la « petite bière ». D’ici à ce que les Qataris démarrent concrètement les négociations, les Tchadiens, gouvernementaux ou « politicos », ne savent pas ce qui les attend. Alors ils attendent, s’ennuient entre les couloirs du luxueux hôtel Rotana et les grandes tours de Doha en s’adonnant aux selfies et aux gawala gawala.

Aussi, la « méthode qatarie » qui consiste à donner du sérieux à la discussion est une bonne chose. Et une chance pour ce pays, même si les participants de deux côtés s’interrogent sur la pertinence de la méthode. Et sur son impact sur le calendrier de la transition. Les Tchadiens doivent prendre conscience que le Tchad a cessé d’être un pays politique au sens noble. Il est depuis la mort du premier président N’Garta Tombalbaye un pays politico-militaire où servir son pays est une tare, mais servir ses amis et son clan est le summum de la réussite.

Enfin, Doha est une occasion pour enterrer définitivement cette culture politico-militaire où les militaires sont militaires en faisant la politique. Et les civils prennent les armes pour faire de la politique. Et cela même s’il faut sursoir sur la date du 10 mai.

Bello Bakary Mana

Pour un recrutement transparent de 5000 jeunes à la fonction publique, il faut désormais passer un concours. C’est ce qui est suggéré par le Président du Conseil Militaire de la transition (PCMT), annoncé par son cabinet civil, Dr Abdoulaye Sabre Fadoul. Raison : égalité de chances pour l’accès à l’emploi public. Reportage. 

Pour le recrutement des 5000 diplômés à la fonction publique, ceux-ci vont désormais passer un concours, comme le font certains pays francophones d’Afrique de l’Ouest. Cette nouvelle stratégie a été annoncée par le directeur du cabinet civil du PCMT, Dr Abdoulaye Sabre Fadoul. Dans une correspondance du directeur de cabinet civil adressée au Premier ministre de la transition, il est justifié que cette nouvelle forme de recrutement à l’emploi public permette d’appliquer l’égalité des chances à tous les diplômés. Dr Sabre précise que le recrutement des 5000 jeunes voulu par le Président du Conseil Militaire de Transition (PCMT) se fera sur la base d’un concours transparent sous l’œil vigilant d’observateurs externes au circuit administratif.

Saisi par la plateforme des diplômés en instance d’intégration à la fonction publique, le PCMT instruit le Premier ministre d’accélérer le processus de recrutement de ces jeunes en tenant compte des besoins réels des différents départements ministériels et mettre en place une commission spéciale en incluant deux représentants des organisations syndicales et deux représentants de la plateforme des diplômés en instance d’intégration.

Depuis plusieurs mois, la plateforme des diplômés en instance d’intégration à la fonction publique a organisé des marches pour réclamer leur recrutement. Le porte-parole des sans-emploi craint que le PCMT emboîte les pas du gouvernement précédent. « Vu ce qui s’est passé, nous avons demandé notre implication dans le processus de recrutement à la fonction publique. », explique, le jeune diplômé. Il note que la plateforme des diplômés sans emploi a toujours clamé qu’on l’associe dans le processus de recrutement. Aimé Assaidji Bona s’interroge pourquoi le gouvernement refuse de les impliquer. Pour lui, le CMT veut faire tout à la place des jeunes et perpétuer l’ancien système qui consiste à recruter à la tête du client. Il estime que la plateforme devrait être dans la commission pour voir ce qui se passe de près. « Nous ne pouvons pas accepter que le gouvernement fasse quelque chose pour nous, sans nous », ajoute-t-il. Il pense que si la plateforme n’est pas associée à ce processus de recrutement, le gouvernement va les dribler. Le porte-parole souligne que le souhait des diplômes sans emploi est que les choses se passent dans la transparence. Pour le laborantin, la plateforme n’est pas prête pour se laisser faire et compte aller jusqu’au bout.

Jules Doukoundjé

Les magistrats sont en grève sèche et illimitée depuis le 22 mars 2022 sur toute l’étendue du territoire national pour dénoncer l’insécurité dont sont victimes les magistrats dans l’exercice de leur fonction. Cette grève a eu des impacts sur les affaires judiciaires dans toutes les provinces. Cependant, certains  magistrats dans les provinces font toujours l’objet de violence à leur domicile et en dehors. Ialtchad Presse est allé au palais de justice de N’Djamena ce matin pour constater. Reportage.

Au moment où le palais de la justice qui autrefois était bondé de monde est désert ce matin. Les salles des audiences sont fermées. Dans la cour, on voit les hommes en treillis et certains en civils circuler avec des casiers judiciaires en main. Comme les magistrats ne travaillent pas, la délivrance de ce papier est devenue un vrai business.

Depuis que cette grève est observée, ils sont de plus en plus en insécurité. À la fin de la semaine passée et ce matin, les magistrats de Kélo Moundou et Bokoro sont violentés par la commission de désarmement. Cette situation inquiète le président du syndicat autonome des magistrats du Tchad Taoka Bruno. Pour lui, les cas d’agression se multiplient, les violences sur les magistrats vont crescendo et les magistrats s’interrogent sur ce qui va se passer. Selon lui, le pouvoir exécutif doit faire quelque chose pour stopper cette violation. « Il est impérieux que le gouvernement à travers son ministère de la défense monte au-devant de la scène pour dire halte.  Aujourd’hui, les autres corporations ne sont pas visées, sauf les magistrats. Pourtant, les armes que détiennent les magistrats leur sont conférées par leur statut », a-t-il expliqué. Il souligne qu’il y a des procédures auxquelles la commission de désarmement doit se conformer. Lorsqu’on vient dans une ville pour le désarmement, on commence naturellement par les magistrats parce qu’ils ont cette possibilité de détenir les armes, a-t-il précisé.

L’occasion est toute indiquée pour le  président du syndicat autonome des magistrats du Tchad de parler de l’impact que cette grève peut avoir sur les affaires judiciaires. Il affirme que lorsque les magistrats sont à la maison, cela a beaucoup d’impacts négatifs sur l’appareil judiciaire. « Les unités des polices judiciaires sont bondées, les procès-verbaux ne sont plus traités, les délinquants sont gardés dans les commissariats parce qu’ils ne peuvent être envoyés à la maison d’arrêt, etc. Imaginez ce que cela donne ». Tout de même, M. Taoka Bruno est optimiste quant à la recherche des solutions entre l’exécutif et le judiciaire même si celui-ci ne les pas encore appelés pour les écouter. Pour lui, les magistrats ont demandé assez de choses et la question est sérieuse. Et l’exécutif est en train de regarder les choses sérieusement. Il affirme au nom de tous les magistrats que le jour de la discussion arrivera. « Nous avons en face de nous des gens sensibles. Ils vont trouver une solution à ce problème. »

Kouladoum Mireille Modestine

Le mouvement citoyen notre Tchad a tenu son Assemblée Générale extraordinaire pour les 300 jours d’existence du mouvement. L’assemblée a eu lieu le 26 mars dernier au CEFOD. Il a été placé sous le thème bilan et perspectives. L’occasion pour le mouvement d’installer officiellement les nouveaux membres élus de la présidence dans leur fonction pour un mandat de deux ans renouvelable une seule fois. Reportage

Le mouvement citoyen notre Tchad est présent dans les pays comme le Niger le Cameroun, la Guinée-Équatoriale l’Égypte, le Togo, le Benin et le Tchad. Il regroupe plus de cent quarante associations de la société civile tchadienne. Les 300 jours de vie, du mouvement est célébré avec l’élection de Korom Acyl Dagache comme président national du mouvement. Dans son mot de bienvenue, le président du comité d’organisation réitéré le soutient du mouvement au Conseil Militaire de Transition (CMT). Pour lui, le mouvement citoyen notre Tchad est créé pour soutenir le CMT qui, selon lui, a pris ses responsabilités pour assurer la transition. Après le discours du président du comité d’organisation a suivi la lecture de la décision des membres du bureau exécutif, de la résolution, de la motion de soutien au CMT par la diaspora et celle des femmes. Et enfin le passage symbolique du flambeau de Lissa Wakit Ma Tama au mouvement citoyen notre Tchad.

Le président réélu Korom Acyl Dagache a dans son discours mesuré l’immensité de la tâche, mais promet de mener à bien cette mission. L’ AG a été aussi l’occasion pour lui de faire le bilan des 300 jours passés à la tête du MOCINT. « Notre mouvement associatif a réalisé environ 83 activités en faveur de la paix, du vivre ensemble, du dialogue interreligieux, de la citoyenneté dans les milieux estudiantins et surtout dans le domaine de la cohabitation pacifique » a-t-il indiqué. À mettre aussi à l’actif du mouvement, l’installation au niveau international des bureaux de coordinations, qui pour le président est un pari historique gagné. À propos du changement de nom Lissa Wakit Ma Tama en mouvement citoyen notre Tchad, le président précise qu’il prend acte de ce changement. Mais les activités de Lissa Wakit Ma Tama sont mises en veilleuse en attendant les compatriotes qui s’obstinent à faire du désordre. Alors la plateforme Lissa Wakit ma Tama va renaître de ses cendres pour les rencontrer au travers de leurs chemins poussiéreux et caillouteux, ajoute-t-il.

Le président du MOCINT Korom Acyl Dagache invite les autorités diplomatiques et consulaires à prêter main-forte au mouvement dans l’accomplissement de ses missions à l’étranger. « Nous sommes un organe de soutien au Conseil Militaire de Transition et il est inadmissible que des diplomates s’immiscent dans nos activités à l’effet d’interdire ou encore de saboter nos actions citoyennes. Cette manière risque de violer ainsi l’esprit et la lettre de la Circulaire du Premier Ministre de Transition qui exigent à ce que les différentes autorités adoptent une attitude équidistante en la matière », a-t-il souligné.

Kouladoum Mireille Modestine
Ousmane Bello Daoudou

Le Parti Socialiste sans Frontière de l’opposant Yaya Dillo Djérou Betchi a organisé une marche pacifique ce 26 mars. L’itinéraire allait du rond-point Dembé à la bourse du travail. Le PSF proteste contre la prolongation potentielle de la période de transition. Dans son discours, le président du PSF a abordé plusieurs sujets relatifs à la vie sociale et politique. Reportage.

Arrivés au point de chute de la marche, les militants du parti socialiste sans frontière PSF attendent le discours de leur président. Bien avant que le président du PSF ne se prononce, la parole est accordée aux victimes de la monnaie électronique, le Bitcoin. L’entreprise qui exerce dans ce secteur a escroqué des Tchadiens avant de s’évaporer dans la nature. Pour les victimes, le Bitcoin est implanté à N’Djamena avec la complicité des autorités tchadiennes pour arnaquer les paisibles citoyens. « Les autorités tchadiennes ont délivré des papiers administratifs fiables à cette entreprise qui a commencé ses activités le 13 décembre 2021. Un mois plus tard, elle disparaît avec presque 2 milliards de francs CFA. Bitcoin a fait 3.000 victimes, 9 morts et 3 victimes devenues folles », précise une des victimes de Bitcoin. Pour lui, une plainte a été déposée, mais personne ne les a programmés pour le procès. Les victimes comptent désormais marcher avec le PSF le  parti de l’espoir.

Prenant la parole à son tour, Yaya Dillo dit merci à ses militants qui acceptent de porter les valeurs du PSF dans leur cœur afin de relever le défi de l’heure. Il avance quelques raisons qui poussent son parti à organiser cette marche. Selon lui, les 12 mois du CMT sont un échec dans la gestion des affaires publiques. Une gestion qu’il qualifie d’enfantine avec des faux décrets et des nominations fantaisistes et sans qualification.

Le président du PSF évoque aussi le problème du chômage des jeunes. « L’accentuation du niveau de chômage est presque à 80%. Le Conseil Militaire de Transition (CMT) est en carence d’imagination de politique publique pour booster l’emploi. La pauvreté s’accentue, le prix de denrées alimentaires augmente, la sécheresse se fait ressentir, mais le gouvernement reste insensible à ces conditions difficiles que vivent les pauvres ménages », indique-t-il. Il ajoute que pendant que les Tchadiens meurent de faim, le CMT fait des projets faramineux. Quelle est la motivation réelle de cette junte qui annonce des projets à plusieurs milliards ? s’interroge-t-il. Au sujet de l’appareil judiciaire, Yaya Dillo affirme que le pays vit dans une injustice indescriptible ajoutée à la haute corruption. En aucun moment, les coupables des crimes ne sont traduits devant la justice.  Parce que les autorités veulent protéger quelque part ceux qui commettent les crimes, a-t-il affirmé. Il a fait une révélation à propos de l’assassinat du colonel Nousradine. « C’est le président du CMT en personne qui a payé la dia à hauteur de 120.000.000 millions de FCFA. Cette somme est répartie comme suit 20.000.000 pour la dia, 70.000.000 pour acheter la maison qui a fait l’objet de litige jusqu’à occasionner la mort du colonel et les 30.000.000 pour les parents qui réclament la justice. C’est ça l’achat de conscience», poursuit-il.

Il a fini son allocution sur le pré-dialogue de Doha en demandant à ses compatriotes  de ne pas se faire tromper. Parce que ce pré-dialogue est une mise en scène du CMT et rien de sérieux ne sortira de Doha.

Kouladoum Mireille Modestine

La plateforme « Le Tchad d’abord » a remis vendredi soir à N’Djamena le prix du meilleur citoyen de l’année 2021. 18 citoyens ont été récompensés pour leur engagement pour le bien-être de leurs environnements respectifs et qui ont véhiculé une image positive de notre pays à travers leurs actions. Reportage.  

Pour préciser, le prix du meilleur citoyen de l’année n’est pas une compétition. C’est plutôt un émulateur dont l’objectif est de véhiculer une image positive du Tchad à travers des actions, parfois anodines, mais utiles pour la société. Ce prix est à sa deuxième édition, il est initié par la plateforme « Le Tchad d’abord ». Il comprend 6 catégories: catégorie meilleur citoyen de l’année est la principale et la plus convoitée. C’est  la catégorie reine. Dans le cadre du prix du citoyen de l’année, il y a un prix éponyme qui consacre celle ou celui qui a impacté la communauté et dont les actions dépassent le cadre d’une catégorie. Et puis il s’y ajoute d’autres catégories qui sont entre autres la catégorie du meilleur sportif, du meilleur artiste, de la meilleure ONG ou association, du meilleur chef d’entreprise, du meilleur tchadien de la diaspora. Parmi les 18 nominés, les 6 se sont distingués par leurs engagements, et les restes ont reçu aussi le prix de récompense.

Le prix du meilleur tchadien a été décerné à Ahmat Goni Bichara, celui du sportif de l’année à Bétoudji Valentin, l’artiste est Issakha Diguadimbaye, dit Doff, le prix de l’ONG ou association à Mme Fatimé Souckar Térap, celui du meilleur chef d’entreprise à Abakar Bichara Abakar et le prix du tchadien de la diaspora à Mme Khadidja Brahim Gabdou résidente en France depuis plus de 20 ans.

Pour le coordonnateur de la plateforme Le Tchad d’abord, Mahamat-Saleh Moussa, son ambition est d’unir les Tchadiens. Il souhaite être la caisse de résonnance de la moindre action positive posée par un de ses compatriotes. Il souligne qu’à travers leurs décisions et leurs actions, ils véhiculent les valeurs d’un Tchad au travail, d’une population alerte, des générations conscientes du rôle qu’elles jouent. « C’est dans cet ordre d’idée que la plateforme Le Tchad d’abord organise cette remise de prix qui nous réunit ce soir », dit l’ancien Maire du 5e arrondissement de la ville de N’Djamena et actuel Conseiller national. Selon lui, les images et les souvenirs de ces Tchadiens qui œuvrent pour le bien-être de leurs environnements respectifs renforceront chez chacun d’entre nous l’idée que notre pays est capable du meilleur.

Parlant de l’organisation du prix du citoyen de l’année 2021, la présidente du comité d’organisation Mme Hapsita Djibrine Assali souligne que l’édition 2020 était une sorte d’essai conceptuel, mais celle de cette année se veut être une confirmation. Selon elle, c’est par le travail que l’on pourra améliorer l’image positive du Tchad auprès des Tchadiens et ce rendez-vous devrait être inscrit dans les agendas. « Il n’y a pas de petites ambitions quand c’est pour valoriser l’image de notre pays », affirme la présidente du comité d’organisation.

Jules Doukoundjé

Le système éducatif tchadien est resté longtemps sans disposer de curricula nationaux, l’Éducation nationale utilisait les curricula qui ne correspondent pas forcément aux réalités socioculturelles et éducatives du pays. Selon Dr Aboubakar Ali Koré, Directeur général du Centre national des Curricula (CNC) c’était une erreur grave du gouvernement tchadien, car les curricula constituent les piliers du système éducatif. Le savoir littéraires doit être identifié et sélectionné. L’État tchadien en 2002 a essayé de rattraper ce retard en créant ce centre pédagogique. Reportage.

Le Centre national des curricula est investi d’une mission d’élaboration et d’expérimentation de nouveaux curricula ou programmes scolaires. Le CNC depuis 2018 produit des manuels scolaires grâce à sa nouvelle salle d’imprimerie. Il imprime des manuels scolaires pour les 3 ordres d’enseignement notamment, le premier, le moyen et le secondaire.

Selon M. Aboubakar Ali Korei, DG du CNC, produire de manuels scolaires est un chantier complexe, mais aussi coûteux. Cela nécessite des efforts supplémentaires, car le nombre des élèves augmente, dit-il. « De nos jours on peut supposer à 3millions d’élèves en cycle primaire. Le Tchad est un pays bilingue qui nécessite l’effort en double. Par exemple si on a besoin d’1 million de manuels en français il forcement il faut produire 2millions en français et arabe. S’il faut cinq (05) matières en première, il faut 10 livres par élèves et si on a 3millions d’élèves, il faut 10 fois trois », explique le pédagogue. Selon le technicien un autre problème, c’est que le Tchad est un pays enclavé et l’importation des manuels scolaires revient chers. Il signifie qu’heureusement le Tchad arrive à s’en sortir grâce au soutien des partenaires. C’est dommages dit-il, de voir toujours les élèves et les enseignants dans les méthodes classiques, copier au tableau. Seulement le pédagogue déplore que cela affecte la qualité d’éducation.

Le souci aujourd’hui selon lui, c’est de donner à temps les manuels scolaires aux élèves et les guides pédagogiques aux enseignants. Il reconnaît tout de même les efforts consentis, mais il remarque que les objectifs ne sont pas encore atteints. M. Aboubakar Ali Korei affirme que les conditions ne sont pas réunies, la preuve, nombre d’écoles publiques et privées fonctionnent sans manuels scolaires. La question d’insuffisance d’enseignants qualifiés demeure un véritable enjeu pour la qualité de l’enseignement au Tchad, dit-il.

Pour le DG du CNC, les pédagogues et les experts nationaux font un travail remarquable. C’est, dit-il, parce que le Tchad produit ses propres programmes scolaires et c’est cela qui permet de suivre le rythme scolaire. « Nous avons une imprimerie de grande capacité offerte par le gouvernement turc. Mais ces machines nécessitent des consommables et d’autres produits avant que les manuels ne sortent. Maintenant, difficile à dire, mais il n’y a pas un fonds vraiment dédié pour assurer un fonctionnement à merveille de l’imprimerie », dit le pédagogue. Il soutient que les techniciens bien formés sont très disponibles et continuent à se perfectionner, mais les moyens font défaut. Il indique qu’il suffit que le gouvernement mette des moyens conséquents et les manuels scolaires vont être produits en quantité et à temps pour être mis à la disposition des élèves. « Nous sommes devant plusieurs challenges, de complications et de retards et d’incompréhensions. Chacun tire la ficelle de son coté et les perdants sont les élèves, mais le système éducatif en prend aussi un coup sérieux. Le seul problème, c’est la liquidation de budget de fonctionnement qui nous dépasse actuellement », déclare M. Aboubakar Ali Korei. Nous sommes aujourd’hui en face de curricula flexibles dit-il.

Méthode ACP où méthode Syllabique ?

Le DG du CNC rappelle que le Tchad a adopté la méthodologie d’Approche par les compétences (APC) au détriment de l’ancienne méthode qui est syllabique. D’après lui, la méthode ACP est certes interactive appelée aussi méthode de la pédagogie active. La seule différence c’est que dans la méthode syllabique, l’enseignant détient le monopole du savoir or l’ACP signifie partager la responsabilité entre enseignant et élèves. « Seulement nous déplorons le nombre pléthorique d’élèves que les enseignants gèrent. Normalement il faut 25 à 45 élèves par classe pour que les enseignants fassent un bon suivi. Mais c’est compliqué devant 100 à 120 élèves dans une seule salle, les enseignants n’arrivent plus à les connaître », dit M. Aboubakar Ali Korei. Il désapprouve le manque des matériels didactiques, des structures d’accueil, etc. Il estime que les conditions au Tchad ne sont pas réunies et peu favorables à la méthode ACP. C’est pourquoi, retient-il, nous sommes bloqués entre les réalités et le choix luxe que nous avons fait. Cela nécessite une réflexion. « Nous avons de textes comme, la loi 16, les forums sur le système éducatif, les états généraux de l’Éducation nationale, le rapport d’enquête parlementaire sur l’Éducation, tous dans les tiroirs », constate-t-il.

À propos de la baisse de niveau, le DG du CNC dit qu’à son avis, il faut nuancer. Ce qu’il faut faire, dit-il, c’est une évaluation nationale pour diagnostiquer le mal. Il reconnaît que l’État mets de moyens dans l’Éducation, mais seulement le résultat n’est pas satisfaisant. Pour lui, si on ne forme pas des enseignants, on ne construit pas des infrastructures scolaires adéquates, il y a un problème quelque part. « je crois que les schémas sont là, il faut les mettre en œuvre. Il faut vraiment que chacun travaille très consciencieusement pour remettre l’Éducation nationale en marche.

Moyalbaye Nadjasna

L’Association des victimes des crimes du régime Hissène Habré (AVCRHH) a organisé une conférence de presse ce 25 mars à son siège à N’Djamena. Le but selon son président, M. Clément Abaïfouta consiste à dénoncer le temps d’attente de 7 ans pour indemniser les victimes. Il fustige les démons des divisions qui circulent en leur sein et conseille aux victimes d’être vigilants car le chantier et le dossier demeurent entier. Reportage.

Les victimes des crimes et tortures du régime défunt du dictateur tchadien Hissène Habré se sont toutes mobilisées pour ce rendez-vous avec la presse. Comme les victimes ne doivent pas tous parler, leur président, M. Clément Abaïfouta s’exprime à leur place. Dans le résumé de son liminaire, il recommande une minute de silence en mémoire de ses camarades morts. Il énonce le rapport d’enquête de la commission de Me Mahamat Hassan Abakar qui atteste un minimum de 40 000 victimes pour l’ensemble du Tchad. Il ressort aussi, selon lui de ce document, des milliers des disparues, veuves et orphelins, tous attendent d’être indemnisés. « Ces victimes continuent de broyer du noir. Ils sont rongés par le désespoir. Mais ils restent  confiants de voir un jour le bout du tunnel », déclare-t-il.

Selon M. Abaïfouta, cela fait exactement sept (07) ans que les victimes attendent, « ni du côté de la commission de l’Union africaine ni de celui de l’État tchadien les choses ne se précisent pour indemniser les victimes. C’est un immobilisme sans justification », dit-il. M. Clément Abaïfouta affirme que 350 cas de décès sont déjà comptés en dehors de celles qui sont affaiblies par des maladies. Il doigte le manque de la volonté du politique. Pour lui, les autorités politiques surtout le régime Mouvement Patriotique du Salut (MPS) a en son temps manifesté sa volonté de faire obstacle de la décision de la justice du 25 mars 2015 condamnant les ex-agents de la DDS, la police politique du régime de Hissène Habré. Pour répondre aux questions des journalistes à ce propos, il incrimine le Premier ministre de transition qui tarde de mettre en place la commission des réparations des victimes conformément au procès de N’Djamena.

Le porte-parole de l’AVCRHH se félicite de la remise officielle du bâtiment devant abriter le siège du fonds d’indemnisation des victimes par le gouvernement de transition. Il rappelle aussi que les membres de l’AVRCHH ont été reçus par le Président du Conseil militaire de transition (PCMT) le 11 janvier 2022. Cette audience a permis au président de l’AVCRHH à participer au sommet de l’UA en Addis Abeba. Autre bonne nouvelle, dit-il, c’est la prise en charge des loyers de l’AVRCHH pendant une année et l’épuration de ses arriérés. D’après M. Clément Abaïfouta, en marge du sommet de l’UA, le président du Conseil d’administration du fonds judiciaire a annoncé l’arrivée d’une mission fin février ou début mars. L’objectif de la mission précise-t-il, c’est d’installer le secrétaire Exécutif de ce fonds. Il soutient que les victimes attendent de pied ferme, la suite de l’instruction du PCMT relative aux dédommagements du procès de N’Djamena. Le cabinet, dit-il, est instruit d’associer les victimes à cette démarche.

Le président de l’AVCRHH demande à ses camarades d’être vigilants afin de barrer la route aux démons de la division. Il leur recommande de rester unis, car seul l’optimisme conduit à la victoire. Même si on tombe, on doit se relever pour achever le chantier, dit-il.

Moyalbaye Nadjasna

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